Normandie Nue : “Acteur, c’est pas montrer son cul, c’est montrer son cœur” déclare François Cluzet

A l’occasion de la sortie du nouveau film de Philippe Le Guay, intitulé “Normandie Nue”, nous sommes allés à la rencontre de François Cluzet, qui prête ici ses traits au maire d’un village normand. Morceaux choisis.

Après Les Femmes du 6e étage et Alceste à Bicyclette, Philippe Le Guay dévoile aujourd’hui son nouveau film, Normandie Nue. Dans cette comédie sur fond de crise agricole (ou l’inverse, c’est selon), François Cluzet prête ses traits à George Balbuzard, dit “Balbu”. Maire d’un petit village normand en plein désarroi, Balbu est prêt à tout pour redonner de l’espoir aux agriculteurs en colère. Le hasard veut que Blake Newman, photographe reconnu pour ses clichés de nu, passe dans la région. Son ambition ? Déshabiller le Mêle sur Sarthe et le faire poser dans la campagne environnante. Une idée plus que farfelue pour les principaux concernés. Mais Balbu voit là l’opportunité de ressouder les troupes. 

Dans le salon privé d’un grand hôtel parisien, nous sommes allés à la rencontre de Fançois “Balbu” Cluzet. L’occasion de parler de nudité, au sens propre comme au figuré.  

AlloCiné : Vous êtes petit fils d’agriculteurs. Est-ce que cela vous a conduit à accepter ce rôle ?

François Cluzet : Quand je lis des scénarios, j’aime bien avoir un écho, de l’ordre de l’intime. Si j’ai l’impression d’appartenir au sujet, s’il me rappelle un souvenir, suscite en moi un quelconque intérêt, je me sens tout de suite concerné. Ce fut le cas ici. La crise agricole, je connais ça depuis 50 ans. Je me souviens, quand on allait en vacances là-bas, je les entendais autour de moi : mon père posait des questions à son cousin, moi j’en posais à mon grand-père… Au fond, c’est toujours la même histoire : comment va-t-on s’en sortir ? Avec ce film, j’avais le sentiment de pouvoir revendiquer quelque chose qui résonne en moi. Quelque chose qui me donne peut-être une fausse légitimité, mais qui me permet de m’accrocher au sujet.

Lors de la sortie de “Médecin de campagne, en mars 2016, vous disiez au micro d’AlloCiné : « un acteur c’est à poil ». C’est plus que jamais vrai aujourd’hui. La nudité, au sens propre du terme, a-t-elle été un problème ?

On ne m’a pas beaucoup proposé de me déshabiller au cours de ma carrière, mais c’est déjà arrivé, et je n’ai jamais été très à l’aise avec ça. Quand j’ai lu le scénario, j’ai dit à Philippe (Le Guay, NDLR) que j’aurais du mal à faire cette scène de nu mais il m’a dit qu’on trouverait une solution, qu’on mettrait un cache sexe couleur chair. Ça m’a rassuré, je me suis dit qu’il n’allait pas m’obliger à me foutre à poil. Et puis plus le tournage avançait, plus je voyais les agriculteurs, les vrais, tous prêts à se déshabiller. Il n’était plus question que je foute un cache sexe, j’aurais eu l’air d’un con, ça aurait été obscène. Philippe, très pédagogique, nous a bien expliqué comment ça allait se dérouler. Au moment du tournage, on était tous de dos en train de se déshabiller, on voyait simplement les fesses et c’est seulement sur le plan large que l’on se retourne. On savait qu’en aucun cas c’était un concours de bites.

Acteur, c’est pas montrer son cul, c’est montrer son cœur

Mais c’est une chose de se foutre à poil, c’en est une autre d’aller puiser dans son jardin secret, dans sa sensibilité. Un acteur, c’est vraiment transparent dans l’exercice de son boulot. C’est de l’impudeur extrême, c’est vraiment un truc d’exhibitionniste. Acteur, c’est pas montrer son cul, c’est plus que ça, c’est montrer son cœur, son âme.

Comment travaillez-vous en amont d’un tournage pour parvenir à vous abandonner de la sorte sur le plateau ?

Je travaille beaucoup. Tout seul, avec le metteur en scène, avec les autres acteurs… Je me souviens, avec Guillaume Canet, je militais pour des lectures à plusieurs, car je viens du théâtre et je sais ce qu’on y gagne. J’ai besoin de posséder toutes les scènes du film, et pas seulement les miennes. J’essaie vraiment d’être le plus offert possible.

Jouer, c’est ne surtout pas jouer, c’est vivre

L’idéal, c’est quand ton partenaire se met à poil également. Si, d’un seul coup, il se met à jouer, ça ne marche plus. Jouer, c’est ne surtout pas jouer, c’est vivre. C’est vivre sur commande, vivre un truc dont on a connaissance, mais sans savoir où cela va nous mener. D’ailleurs, “jouer”, ce n’est pas le bon mot. Depardieu parle toujours “d’acte”, moi je parle de “don”. Avec l’espoir que le partenaire ait à son tour envie de tout donner, car on est toujours l’inspiration de l’autre. Ça, c’est très touchant.

Vous naviguez entre cinéma d’auteur et comédie populaire. Une distinction des genres que l’on fait beaucoup, comme si le divertissement n’était pas assez noble. Veillez-vous à faire un peu des deux ou fonctionnez-vous à l’instinct ?

Beaucoup à l’instinct. Ce mot, “divertissement”, m’accroche tout de suite. Bergman disait : “N’oublions pas que nous faisons un métier de divertissement”. Venant de lui, ça fait réfléchir. Quel que soit le film que nous allons voir, c’est un divertissement. C’est le cas du film de Le Guay, qui explore par ailleurs un sujet de fond très puissant. Mais dans le grave aussi, on peut être divertissant.

La bande-annonce de Normandie Nue

Normandie Nue Bande-annonce VF

 

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