Demain, des greffes de visages

Imaginez-vous croiser un visage d’une proche que vous croyiezdéfunt ? Et bien, cela pourrait être techniquementpossible. Le chirurgien plasticien Paul Butler estime qu’ilsera possible de transplanter un visage de cadavre à despersonnes défigurées dans les six prochains mois. Lesindications potentielles seraient rares mais dans certains cas, leslimites des progrès chirurgicaux sont atteintes :brûlure grave, ablation faciale d’un cancer,traumatismes importants… La greffe du visage impliquerad’enlever le visage mais également les muscles faciauxet la graisse sous-cutanée sur le receveur, et sur ledonneur le visage avec les lèvres, le menton, les oreilles,le nez et huit artères et même du tissu osseux. “Lamusculature du visage est propre au crâne sur lequel elle sedéveloppe. Les muscles faciaux d’une personne devrontainsi être “re-sculptés“ s’ils doiventêtre transplantés sur un autre crâne – etle visage n’aura pas la même apparence“ précisePeter Butler.
D’un point de vue technique, de nombreux obstacles devrontêtre surmontés :
Eviter le rejet du greffon – Les progrèsrapides des traitements immunosuppresseurs ont permis deréaliser des greffes longtemps inaccessibles, notamment desgreffes de mains ;
La vascularisation du greffon – L’ensembledu visage est irrigué par peu d’artères, le“branchement“ au système vasculaire ne constitue pas ainsile principal frein, même s’il s’agit là detechniques de microchirurgie très avancées ;
L’innervation du greffon – Les nombreuxmuscles du visage, secrets de l’expression faciale,s’appuient sur un réseau nerveux complexe, responsableégalement des sensations. Il faudra réussir àencourager la régénération des nerfs faciauxcoupés dans le greffon. Des facteurs de croissance etmême certains immunosuppresseurs semblent pouvoir agir dansce sens.
Optimiste sur les défis à relever, le Dr Butlerprévoit de commencer des expériences anatomiques pourtémoigner de la faisabilité du procédé.Outre le challenge technique, il reste à déterminersi cette procédure est acceptable d’un point de vueéthique : le visage peut-il être greffer au mêmetitre qu’un foie ? La réponse devra prendre en compteles souffrances physiques et psychologiques des personnesdéfigurées pour qui la médecine n’offreaujourd’hui aucun espoir.
Sources : New Scientist, 27 novembre 2002
Lancet 6 juillet 2002, vol.360, n°9326

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